Dossier eclairage Article 9 sur 10
Illuminateurs infrarouges : éclairer pour la JVN
Les ondes expliquées simplement, 850 ou 940 nm, les balises d'identification jusqu'au SWIR, et les autres technologies de marquage.
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L'essentiel
Un illuminateur infrarouge est une lampe dont la lumière est invisible à l'œil nu. On ne la voit qu'à travers une jumelle de vision nocturne, une JVN.
Il ne sert donc à rien seul. Il complète une JVN, et c'est la JVN que vous possédez qui détermine l'illuminateur à choisir — jamais l'inverse.
À quoi sert un illuminateur
Une JVN ne produit pas de lumière. Elle amplifie celle qui est déjà là : la lune, les étoiles, le halo d'une ville au loin.
Quand il n'y a plus rien à amplifier — par nuit noire, sous les arbres, dans un bâtiment — l'image se brouille, puis devient noire. L'illuminateur apporte alors la lumière qui manque. Il l'émet dans l'infrarouge : l'œil ne la perçoit pas, mais la JVN la voit très bien.
Les deux vont donc ensemble. Sans illuminateur, la JVN ne voit plus rien dans le noir complet. Sans JVN, l'illuminateur n'éclaire rien de visible.
Comprendre les ondes, en cinq minutes
La lumière se déplace en ondes, comme des vagues à la surface de l'eau. La distance entre deux crêtes s'appelle la longueur d'onde, et c'est elle qui distingue une couleur d'une autre. On la mesure en nanomètres : un nanomètre vaut un millionième de millimètre.
Notre œil ne perçoit qu'une petite partie de ces longueurs d'onde, d'environ 400 nm pour le violet à 700 nm pour le rouge. Au-delà du rouge commence l'infrarouge — le mot signifie « sous le rouge ». Cette lumière existe et rebondit sur les objets comme les autres, mais l'œil ne la capte pas.
On peut se représenter chaque appareil comme une radio réglée sur certaines fréquences. L'œil capte de 400 à 700 nm. Une JVN capte un peu plus loin. Certaines caméras captent beaucoup plus loin. Et chacun ignore tout ce qui sort de sa plage.
Avant le tableau, deux abréviations anglaises qu'on retrouve partout dans ce domaine. NIR, pour Near InfraRed, désigne le proche infrarouge. SWIR, pour Short-Wave InfraRed, désigne l'infrarouge à ondes courtes.
| Bande | Longueur d'onde | Qui la voit |
|---|---|---|
| Visible | 400 à 700 nm environ | L'œil humain |
| Proche infrarouge | 700 à 1 000 nm environ | Les JVN à tube, dont la sensibilité s'arrête vers 900 nm, ainsi que la plupart des caméras et des smartphones |
| SWIR, infrarouge à ondes courtes | 1 000 à 1 700 nm environ | Uniquement des capteurs conçus pour cette bande |
| Infrarouge thermique | 8 000 à 14 000 nm | Les caméras thermiques, qui ne captent pas une lumière mais la chaleur des corps |
Attention au nom SWIR, qui prête à confusion. Ses ondes sont plus longues que celles du proche infrarouge, pas plus courtes. Elles ne sont « courtes » que par rapport à l'infrarouge thermique, dont les ondes sont encore environ dix fois plus longues. Sur l'échelle complète, le SWIR se place donc entre le proche infrarouge et le thermique.
Avec ce tableau en tête, la suite devient simple. Un illuminateur à 850 nm se trouve juste après le rouge, et un œil attentif voit encore une faible lueur. À 940 nm, l'œil ne voit plus rien, mais la JVN capte aussi moins bien. Une balise SWIR à 1 550 nm échappe à la fois à l'œil et à la JVN : seul un capteur SWIR la détecte. Enfin, une caméra thermique travaille sur une plage très éloignée de tout cela, et c'est pourquoi aucun illuminateur ne lui est utile.
Thermique et intensification : deux mondes
Les fiches produits mélangent souvent ces deux technologies, et l'erreur coûte cher.
Une JVN à intensification amplifie la lumière, visible ou proche infrarouge. Par nuit trop sombre, elle a besoin d'un illuminateur.
Une caméra thermique ne capte pas la lumière. Elle mesure la chaleur dégagée par les corps et les objets. Elle fonctionne donc dans le noir complet, sans aucun illuminateur.
Si votre appareil est thermique, un illuminateur infrarouge ne vous servira à rien.
Le choix qui compte : 850 ou 940 nanomètres
Deux longueurs d'onde se partagent le marché, et elles n'ont pas les mêmes qualités.
| Longueur d'onde | À l'œil nu | Dans la JVN | Pour qui |
|---|---|---|---|
| 850 nm | Une faible lueur rouge sur l'émetteur, quand on le regarde de face | Image plus nette, portée plus longue | La plupart des usages : c'est le standard |
| 940 nm | Pratiquement rien | Image moins lumineuse, portée plus courte à puissance égale | Quand la discrétion passe avant la portée |
L'explication tient à leur position sur l'échelle. Le 850 nm est si proche du rouge visible qu'une petite partie de sa lumière reste perceptible. Le 940 nm est plus éloigné : l'œil ne le voit plus, mais les tubes de JVN y sont aussi moins sensibles. Pour obtenir la même image, il faut donc davantage de puissance.
En pratique, choisissez le 850 nm pour la portée et la netteté, et le 940 nm si la discrétion passe avant tout.
Invisible, mais pour qui ?
Un illuminateur infrarouge est invisible à l'œil nu. En revanche, toute JVN le voit, de même que les caméras de surveillance et la plupart des smartphones. Il n'est donc invisible que pour ceux qui ne sont pas équipés.
Face à quelqu'un qui porte une JVN, un illuminateur allumé est tout sauf discret : il indique précisément votre position. C'est justement pour limiter ce risque qu'existe le 940 nm.
Les balises d'identification : du proche infrarouge au SWIR
Les illuminateurs éclairent une scène. Les balises d'identification, elles, n'éclairent rien : elles signalent une position — un équipier, un véhicule, une zone — à ceux qui portent l'optique adaptée. On les fixe le plus souvent sur le dessus du casque.
Elles posent le problème vu à la section précédente. Une balise infrarouge classique est visible par n'importe quelle JVN, y compris celle d'un adversaire. Or les JVN sont aujourd'hui très répandues. Le proche infrarouge ne suffit donc plus à garantir un marquage discret.
C'est la raison d'être du SWIR, l'infrarouge à ondes courtes. Ces balises émettent entre 1 064 et 1 550 nm, bien au-delà des 900 nm où s'arrêtent les tubes de JVN classiques. Elles restent invisibles à l'œil nu comme aux JVN standard, et seuls des capteurs conçus pour cette bande les détectent. C'est ce qui en fait un moyen de marquage très discret pour les unités équipées.
Deux références montrent bien ce que propose le marché.
| Trilobyte (Adventure Lights, Canada) | HEL-STAR 6 SWIR (Core Survival, États-Unis) | |
|---|---|---|
| Ce que c'est | Une balise de casque programmable, conçue pour distinguer les forces amies dans l'obscurité | Un marqueur de personnel multispectral, conçu pour le casque |
| Longueurs d'onde | Visible en plusieurs couleurs, proche infrarouge, et SWIR à 1 064 ou 1 550 nm en option | Visible blanc, vert, rouge et bleu, proche infrarouge à 890 nm, et SWIR au choix à 1 064, 1 300 ou 1 550 nm |
| Ce qui la distingue | Elle vibre et clignote quand on l'éclaire en proche infrarouge : elle vous prévient que quelqu'un vous observe. Elle peut aussi se synchroniser avec d'autres balises du même modèle pour former des groupes reconnaissables | Son éclat blanc dépasse l'exigence de visibilité imposée en parachutisme, et son étanchéité est de niveau plongée. Elle est pensée pour l'aéroporté et le maritime autant que pour le terrestre |
| Utilisation | Un retour par vibration indique le mode choisi, ce qui permet de la régler au gant et dans le noir | Des commandes pensées pour une main gantée, casque sur la tête, avec une séparation entre les modes visibles et invisibles |
| Alimentation | Une pile AA | Une pile CR123 |
La Trilobyte mise sur l'intelligence : elle se synchronise avec les autres balises et vous avertit quand on vous éclaire. La HEL-STAR 6 SWIR mise sur l'étendue des longueurs d'onde et sur une robustesse extrême, pensée pour les parachutistes et les plongeurs.
Ces balises équipent des unités spécialisées, et c'est un rayon que nous connaissons de l'intérieur : Welkit équipe depuis plus de trente ans les forces armées, de sécurité intérieure et de sécurité civile. Une partie de ces matériels n'est proposée qu'aux forces et aux administrations, et leur choix dépend étroitement des optiques déjà en dotation dans l'unité.
Si vous équipez une unité ou un service, le plus simple est de nous en parler directement : nous vous orienterons vers la référence adaptée à vos JVN et à vos emplois. Contactez-nous.
Les autres technologies de marquage
Le SWIR n'est pas la seule réponse. Il existe en réalité une solution de marquage pour chaque type d'optique, et chacune se décline sous deux formes.
Les marqueurs actifs émettent leur propre lumière. Ce sont les balises, qui fonctionnent sur pile.
Les marqueurs passifs n'émettent rien. Ils renvoient une lumière ou un rayonnement venu d'ailleurs. Ils ne demandent ni pile ni entretien, et ils ne trahissent rien tant que personne ne les éclaire.
Le ruban réfléchissant infrarouge, souvent appelé glint tape, ressemble à l'œil nu à un ruban adhésif noir mat. Éclairé par un illuminateur ou un pointeur infrarouge et observé à la JVN, il renvoie un point lumineux très net, visible à plusieurs centaines de mètres. On le trouve sous forme d'écussons, de brassards ou de pastilles de casque.
Le ruban à faible émissivité est destiné aux caméras thermiques. À l'œil nu, il ressemble à un ruban adhésif brun. Dans une caméra thermique, il apparaît comme une tache noire, froide, parce qu'il reflète la température du ciel au lieu d'émettre sa propre chaleur. Il sert notamment à fabriquer les panneaux d'identification posés sur les flancs et les toits des véhicules.
| L'optique qui doit vous reconnaître | Marquage actif | Marquage passif |
|---|---|---|
| JVN, proche infrarouge | Balise infrarouge | Ruban réfléchissant infrarouge |
| Capteur SWIR | Balise SWIR | Marqueurs réfléchissants SWIR |
| Caméra thermique | — | Ruban et panneaux à faible émissivité |
Les unités combinent souvent plusieurs de ces solutions, pour rester identifiables quelle que soit l'optique utilisée en face.
Choisir à partir de sa JVN
C'est l'ordre logique, et c'est pourtant l'inverse de ce que font la plupart des acheteurs.
Partez de votre JVN : sa génération, son tube, sa sensibilité dans le proche infrarouge. C'est elle qui indique la longueur d'onde qui vous rendra le meilleur service. Avec une JVN peu sensible au 940 nm, il vous faudra un illuminateur très puissant pour un résultat médiocre.
Regardez ensuite le faisceau. Les bons illuminateurs permettent de le régler, de large pour la courte distance à concentré pour la portée.
Enfin, si vous n'avez pas encore de JVN, n'achetez pas d'illuminateur : sans elle, il ne vous servira à rien.
Une précaution d'usage
Une source infrarouge puissante ne déclenche aucun réflexe de protection de l'œil : on ne cligne pas, on ne détourne pas le regard, puisqu'on ne voit rien.
La précaution qui en découle est simple : on ne regarde pas un émetteur infrarouge de près, et on ne le dirige pas vers les yeux de quelqu'un, même par jeu.
Le test qui ne coûte rien
Pour vérifier qu'un illuminateur fonctionne, pointez-le vers l'objectif de votre smartphone. La plupart des capteurs perçoivent le proche infrarouge, et vous verrez l'émetteur s'allumer à l'écran.
C'est aussi la meilleure illustration de ce qui précède : si votre téléphone le voit, n'importe quelle caméra le voit aussi.
Ce qu'on voit passer
La déception la plus fréquente sur ce rayon est toujours la même : un illuminateur acheté avant la JVN, ou sans tenir compte d'elle.
Le cas typique est le 940 nm choisi pour sa discrétion, monté sur une JVN peu sensible à cette longueur d'onde, et qui n'éclaire presque rien.
Notre conseil avant de commander : dites-nous quelle JVN vous utilisez. C'est elle qui décide.
Ce que dit le Pro-Score
Un illuminateur subit les mêmes contraintes qu'une lampe de terrain : chocs, humidité, froid, cycles de charge. Le Pro-Score dit à quel rythme d'usage il est construit pour tenir.
Si votre JVN sert régulièrement, l'illuminateur doit suivre. Un accessoire bas de gamme sur une optique coûteuse est la combinaison la plus fréquente, et la plus regrettable.
Les erreurs fréquentes
- Acheter l'illuminateur avant la JVN.
- Choisir le 940 nm sans vérifier la sensibilité de sa JVN.
- Monter un illuminateur sur un appareil thermique, qui n'en a pas besoin.
- Croire qu'un faisceau infrarouge est invisible pour tout le monde.
- Regarder un émetteur infrarouge de près.
Questions fréquentes
Peut-on voir une lampe infrarouge à l'œil nu ?
En 850 nm, une faible lueur rouge sur l'émetteur, quand on le regarde de face. En 940 nm, pratiquement rien. Dans les deux cas, le faisceau lui-même reste invisible.
Mon smartphone voit-il l'infrarouge ?
La plupart du temps, oui. C'est le test le plus simple pour vérifier qu'un illuminateur fonctionne.
850 ou 940 nm ?
Le 850 pour la portée et la netteté, c'est le standard. Le 940 quand la discrétion prime, en acceptant une image moins lumineuse.
Un illuminateur sert-il avec une caméra thermique ?
Non. Une caméra thermique mesure la chaleur et fonctionne dans le noir complet.
Existe-t-il d'autres moyens de se faire identifier que les balises ?
Oui. À côté des balises, il existe des marqueurs passifs qui ne font que renvoyer un rayonnement : le ruban réfléchissant infrarouge pour les JVN, et le ruban à faible émissivité pour les caméras thermiques.
Sur quoi nous nous appuyons
- AGM, illuminateurs infrarouges pour la vision nocturne — le 850 nm comme standard, avec une faible lueur rouge à exposition directe ; le 940 nm entièrement invisible
- Lumileds, émetteurs infrarouges 850 et 940 nm
- Galvion et Adventure Lights, fiche de la série Trilobyte
- Adventure Tactical, options SWIR des balises Trilobyte
- Core Survival, HEL-STAR 6 SWIR
- Le ruban réfléchissant infrarouge pour l'identification de combat
- Les marqueurs d'identification multispectraux
- Les plages de sensibilité des tubes de JVN — la réponse des photocathodes de génération 3 s'arrête vers 900 nm
- Caractéristiques des modèles cités : fiches techniques des fabricants
Le matériel dont il est question
L'équipe Welkit
Équipementier tactique français depuis 1989. Nos conseillers ont le matériel en main tous les jours.
Vous pouvez nous corriger
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Nous écrivons ces guides avec les fiches techniques sous les yeux et les retours de nos clients. Nous sommes humains : il nous arrive de nous tromper, ou de passer à côté de quelque chose.
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