Dossier grand froid Article 6 sur 9
Transpiration et froid : comment piloter son système de couches
Agir avant de sentir. L'ordre des réglages, les quatre moments de la journée, le cas du porte-plaques et les signaux qui font arrêter la progression.
Écouter l'article
L'essentiel
On peut avoir le meilleur équipement du marché et geler quand même. Le matériel ne fait que la moitié du travail ; l'autre moitié, c'est la façon dont on s'en sert pendant la journée.
Tout tient dans une règle : agir avant de sentir. On s'allège au pied de la montée, pas au sommet quand on est déjà trempé. On s'isole dès l'arrêt, pas quand on commence à grelotter.
La raison est physiologique. Le corps a de l'inertie : la chaleur produite dans un raidillon se transforme en transpiration quelques minutes plus tard, et le refroidissement d'une pause s'installe avant qu'on le remarque. Vous réglez toujours la situation d'il y a cinq minutes.
Un mot sur le vocabulaire, parce que les deux coexistent partout. Ce qu'on appelle ici couche 1, couche 2 et couche 3 se dit aussi base layer, mid layer et outer layer, ou shell, sur les fiches des marques étrangères.
Les réglages, du plus rapide au plus lourd
Avant de retirer un vêtement, le système offre des réglages fins. Il faut les connaître dans l'ordre, parce qu'on gagne du temps et on évite de se déshabiller en plein vent.
- La tête. Retirer le bonnet, trois secondes, effet immédiat. C'est le réglage le plus rapide dont vous disposez.
- Le cou et les poignets. Col ouvert, manchettes desserrées. L'air circule, la vapeur sort.
- Les fermetures d'aération. Zip central de la polaire, ouvertures sous les aisselles de la veste extérieure. C'est leur raison d'être.
- L'allure. Ralentir de dix pour cent évite souvent d'avoir à toucher au moindre vêtement. C'est le réglage que tout le monde oublie.
Le vêtement ne se retire que lorsque ces quatre réglages ne suffisent plus. Et quand on le retire, on le fait tôt et franchement, pas à contrecœur une fois trempé.
Les quatre moments qui comptent
| Moment | Le geste |
|---|---|
| Au départ | Partir légèrement frais, aérations ouvertes. L'effort comble en cinq minutes |
| À l'arrêt de plus d'une minute | Veste thermique par-dessus tout, immédiatement. Aérations fermées, bonnet remis |
| À la reprise | Veste thermique rangée, aérations rouvertes. Même s'il fait bon : il fera chaud dans cinq minutes |
| Au changement de vent ou d'exposition | Veste extérieure avant que le vent ne balaie l'air chaud, pas après |
Le geste de la reprise est celui qui surprend le plus, alors voilà précisément ce qu'il faut faire.
Vous êtes à la pause, vous avez enfilé votre veste thermique par-dessus tout le reste. Au moment de repartir, vous la retirez et vous la rangez. Vous repartez donc en ayant un peu froid, avec seulement vos couches 1, 2 et 3.
C'est désagréable pendant trois minutes, le temps que la marche vous réchauffe. Mais si vous gardez la veste thermique pour repartir, vous allez transpirer dedans dès les premières centaines de mètres. Elle sera humide à la pause suivante, donc elle ne chauffera plus, et vous n'aurez plus rien de sec à enfiler pour le reste de la journée.
Quand on ne peut rien retirer
C'est le cas du porteur de porte-plaques, et il mérite mieux qu'une note en bas de page, parce que c'est exactement la situation où la méthode compte plus que le matériel.
Vous ne pouvez pas retirer une couche intermédiaire : il n'y en a pas, et il ne doit pas y en avoir. Rien d'épais ne s'intercale entre la plaque et le corps. Ce qui vous tient chaud dessous, c'est un sous-vêtement technique, en laine de préférence.
Tout le pilotage migre donc vers ce qui reste accessible : la tête, le cou, les manches, et l'allure. Et l'isolation se gère par-dessus, pas en dessous.
Conséquence pratique : dimensionnez votre couche 1 pour l'effort que vous produisez réellement en mission, pas pour la température extérieure. C'est elle qui encaissera tout, et vous ne pourrez pas la changer en cours de journée.
Sécher pendant la journée
Le système accumule de l'humidité, c'est inévitable. Le pilotage consiste aussi à en faire sortir une partie en route.
Trois gestes qui marchent. Le sous-vêtement de rechange enfilé sec à l'étape : c'est cent grammes dans le sac et le meilleur rapport confort/poids qui existe. Les gants alternés, la paire humide glissée dans une poche intérieure, contre le tronc : votre chaleur corporelle est le seul sèche-linge que vous ayez. Les chaussettes de la même façon.
Vous transpirez plus que les autres
C'est fréquent, et ce n'est pas un défaut : la production de sueur varie beaucoup d'une personne à l'autre à effort égal.
Deux réglages à faire. Sous-dimensionnez l'isolation de mouvement : une polaire fine ou une maille alvéolée plutôt qu'une polaire épaisse. Et sur-dimensionnez la couche 1 et le rechange, qui sont les pièces qui encaissent.
Les signaux à ne pas ignorer
Trois signes qui font arrêter la progression
Des extrémités qui restent froides malgré un équipement correct et du mouvement. Des frissons qui s'installent et ne cèdent pas. Une maladresse inhabituelle des mains, ou une difficulté à faire des gestes simples comme ouvrir une fermeture.
La réponse est toujours la même : s'abriter du vent, enfiler l'isolation, boire chaud et sucré, manger, et raccourcir la sortie. Ces signaux ne sont pas une question de volonté et ils ne se dépassent pas à l'énergie.
Si l'état ne s'améliore pas rapidement une fois la personne abritée et isolée, ce n'est plus un sujet d'équipement : c'est une urgence médicale, et il faut appeler les secours.
Le mémo, à retenir
Quand vous avez trop chaud, dans cet ordre :
- Retirer le bonnet
- Ouvrir le col et desserrer les manchettes
- Ouvrir les aérations — zip de la couche 2, aisselles de la couche 3
- Ralentir
- Et seulement là, retirer une couche — tôt et franchement
Si vous portez un porte-plaques : tête, cou, manches et allure sont vos seuls réglages. L'isolation se met par-dessus l'ensemble aux arrêts, jamais en dessous.
Les erreurs fréquentes
- Régler quand on sent, au lieu de régler avant. Vous aurez toujours cinq minutes de retard.
- Garder la veste thermique pour repartir. Elle sera trempée à la pause suivante.
- Retirer une couche en premier, avant d'avoir ouvert le col et les aérations.
- Oublier l'allure, qui est un réglage gratuit et immédiat.
- Partir avec une seule couche 1, sans rechange.
- Mettre une couche intermédiaire sous un porte-plaques pour avoir chaud.
Questions fréquentes
J'ai du bon matériel et j'ai quand même froid, pourquoi ?
Dans la majorité des cas, parce que vous avez transpiré plus tôt dans la journée et que l'humidité est restée dans vos vêtements. Le froid que vous sentez à la pause a été fabriqué dans la montée.
Faut-il vraiment retirer la veste thermique pour repartir par -10 °C ?
Oui. Trois minutes d'inconfort au départ contre une veste trempée pour la journée. Si le froid est mordant, partez-la ouverte et retirez-la au premier point chaud.
Comment gérer sous un porte-plaques qui ne se retire pas ?
Le pilotage se reporte sur la tête, le cou, les manches et l'allure. L'isolation se met par-dessus l'ensemble aux arrêts. Et la couche 1 se choisit en fonction de l'effort réel, puisqu'elle ne se changera pas.
Je transpire énormément quoi que je fasse, que régler en premier ?
L'allure, puis la couche intermédiaire, qu'il faut alléger. Et prévoyez un sous-vêtement de rechange : c'est le poste où investir.
Quand faut-il s'inquiéter ?
Frissons qui s'installent, extrémités qui ne se réchauffent pas, maladresse des mains. On s'abrite, on s'isole, on boit chaud et sucré, on raccourcit. Si ça ne s'améliore pas vite, on appelle les secours.
Sur quoi nous nous appuyons
- L'armée américaine sur le Gen III ECWCS — système fondé sur trois principes : isolation, superposition et ventilation
- Mécanique de l'humidité et comportement des textiles mouillés : voir nos articles sur la couche 1 et la couche 2
- Le reste de cette page relève de la pratique de terrain et de ce que nos conseillers constatent, pas d'une source publiée
Cet article ne remplace pas une formation. En montagne et en milieu isolé, la gestion du froid s'apprend aussi sur le terrain, encadré.
L'équipe Welkit
Équipementier tactique français depuis 1989. Nos conseillers ont le matériel en main tous les jours.
Vous pouvez nous corriger
Une erreur, un oubli, un retour de terrain ?
Nous écrivons ces guides avec les fiches techniques sous les yeux et les retours de nos clients. Nous sommes humains : il nous arrive de nous tromper, ou de passer à côté de quelque chose.
Si vous repérez une erreur, s'il manque un point qui compte, ou si vous voulez simplement nous raconter ce que ça donne sur le terrain, écrivez-nous. On lit tout et on corrige.
