Savez-vous ce que c'est ?
Les plus anciens, ou les amateurs de matériel militaire américain, auront reconnu le P-38. Pour les autres, c'est tout simplement un ouvre-boîte.
38 millimètres de métal
Mais pas n'importe lequel. Ce minuscule morceau de métal d'à peine 38 mm est apparu dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Développé pour les rations militaires en 1942, il sera ensuite largement distribué avec les célèbres C-Rations. Sa désignation réglementaire : « Opener, Can, Hand, Folding — Type I », MIL-O-20582.
Quant à son surnom, plusieurs explications coexistent. L'US Army rapporte celle des 38 perforations nécessaires pour faire le tour d'une boîte de ration de l'époque. Mais il s'agit plus probablement d'un surnom donné par les GI's, en référence au pistolet P38 en dotation dans l'armée allemande. En France, on a eu la Rosalie, l'As de Carreau et bien d'autres.
Un objet d'une simplicité absolue, pratiquement indestructible, que des générations de soldats américains ont gardé sur leur trousseau de clés ou dans un tiroir de cuisine bien après leur service.
Pourquoi je vous en parle
Si je vous parle du P-38 aujourd'hui, ce n'est pas vraiment pour raconter son histoire. C'est parce que c'est avec lui qu'a commencé la mienne.
Fin 1990, quand j'ai lancé mon premier catalogue consacré au matériel militaire moderne, je n'avais évidemment pas encore de clients. Et à l'époque, pas d'Internet, pas de site marchand, pas de Google, pas de réseaux sociaux. Pour se faire connaître, on passait des publicités dans les magazines spécialisés, et les clients demandaient ensuite le catalogue par courrier.
Seulement voilà : imprimer un catalogue et l'envoyer coûtait cher. Impossible d'en expédier gratuitement à des milliers de curieux. La pratique était donc courante : le catalogue était payant, mais son prix était remboursé lors de la première commande. Le mien coûtait 20 francs.
La première commande
Puis un jour est arrivée ma toute première commande. Je me souviens encore de mon excitation en ouvrant l'enveloppe. Ma première vente de matériel militaire moderne !
Et qu'avait choisi mon tout premier client ? Un ouvre-boîte P-38. Prix : 15 francs.
Le catalogue lui en avait coûté 20, remboursables au premier achat. Les frais de port étaient gratuits. J'ai donc expédié mon P-38 à 15 francs, et j'ai joint un chèque de 5 francs au client.
Autrement dit : pour ma toute première commande, non seulement je n'ai rien gagné, mais c'est moi qui ai envoyé de l'argent à mon client.
Il fallait bien commencer quelque part. C'était fin 1990. Trente-six ans plus tard, je trouve assez amusant de me souvenir que toute l'histoire du matériel moderne chez Welkit a commencé avec un ouvre-boîte à 15 francs.
